L'aube n'avait pas encore teinté les crêtes de la montagne quand la porte arrière du manoir se referma sans un bruit. Dehors, l'air frais d'Ord Mantell était une bénédiction, une ablution qui lavait son esprit de l'atmosphère stagnante de la maison. Leena ne fuyait plus ; elle entrait en communion.
Pendant des semaines, ce bois avait été un refuge. Mais le réconfort passif ne suffisait plus. Aujourd'hui, Leena n'était pas venue chercher des leçons de survie, mais des enseignements. Elle était venue écouter.
Ses yeux ne balayaient plus le paysage ; ils le lisaient avec une nouvelle forme de grammaire. Son attention, autrefois une éponge, était devenue une main tendue. Elle s'accroupit, et le contact avec la terre humide fut un ancrage. Une empreinte dans la mousse, à demi effacée par la rosée. Elle suivit la piste du regard, non pour traquer, mais pour comprendre le chemin de vie. La manière dont une créature avait suivi le courant d'énergie d'une racine, profité de l'abri d'une fougère, participé au grand cycle en laissant derrière elle une baie à moitié rongée. Chaque détail était une confidence.
C'était cela, le premier enseignement. Ne plus subir. Écouter le monde et comprendre sa place en son sein. La colère et le chagrin étaient toujours là, un bruit de fond dans son cœur, mais ici, dans son sanctuaire vivant, ils perdaient de leur substance. Seule l'harmonie du présent importait.
Elle passa plusieurs heures ainsi, s'enfonçant plus profondément dans le bois, non plus pour cartographier, mais pour ressentir. La druidesse en elle, si longtemps étouffée, s'éveillait, non pas par la force, mais par l'écoute.