La guerrière n'était pas encore née, mais la guérisseuse, elle, avait toujours été là. L'agacement que Leena éprouvait pour Kit, l'intrus, s'évapora, balayé par la perception brute de sa douleur qui résonnait encore en elle.

Elle descendit dans le ravin, ses pas sûrs sur la terre meuble là où il avait glissé. Son visage était une toile vierge, une neutralité étudiée qui la protégeait. Kit la vit approcher et se crispa, s'attendant à un reproche. Mais Leena ne dit rien. Elle s'accroupit et ses doigts, sans hésitation, se posèrent sur sa cheville. Son toucher était expert, évaluant le gonflement. Obnubilé par la douleur, Kit ne perçut que son masque de concentration. Le lecteur, lui, aurait pu deviner la vague de compassion qui la traversait.

« Ne bouge pas, » sa voix fut calme, un ordre doux.

Elle se releva et disparut dans les sous-bois avec une rapidité silencieuse. Quand elle revint, elle tenait dans ses mains une poignée de feuilles, une lanière d'écorce et deux branches droites.

« Non, attends, » protesta Kit, méfiant. « Laisse-moi tranquille avec tes salades. »

Leena l'ignora, commençant à écraser les feuilles sur une pierre plate. Une odeur verte et âcre s'en dégagea. « Hé ! Je t'ai dit non ! » « Ça va calmer la douleur, » répondit-elle simplement, sans le regarder.

Avant qu'il ne puisse protester à nouveau, elle appliqua la pâte verdâtre sur sa cheville. La fraîcheur fut un tel soulagement qu'elle lui vola ses mots. Ses gestes étaient rapides, précis, comme répétés mille fois. Elle enroula la lanière d'écorce, plaça les branches et les lia avec des lianes souples sorties de la poche de sa redingote. L'attelle était rustique, mais parfaitement fonctionnelle.

Pendant toute l'opération, Leena était ailleurs, complètement absorbée, mue par un devoir qu'elle ne s'expliquait pas.

Quand elle eut terminé, un silence différent s'installa entre eux. La douleur de Kit s'était apaisée en un élancement sourd. Son hostilité, elle, s'était muée en un étonnement confus. Il la regarda, voyant pour la première fois non pas la fille bizarre, mais l'inconnue compétente.

« Comment... » sa voix était à peine un murmure. « Comment tu as fait ça ? »

Leena leva enfin les yeux vers lui. Son regard était distant, comme si elle revenait de loin. « La forêt enseigne, » dit-elle simplement.

Elle se releva et lui tendit la main. « Il faut rentrer maintenant. Appuie-toi sur moi. »

Le retour fut lent et maladroit. Kit, le bras passé sur les épaules de Leena, s'appuyait sur elle, gêné par cette proximité forcée. Ils n'échangèrent pas un mot de plus. Le bruit de leurs pas et de la branche que Kit utilisait comme canne de fortune était le seul son qui troublait la quiétude du crépuscule.

Ils débouchèrent à l'orée du jardin au moment où Davin et Anya sortaient sur le perron, l'inquiétude peinte sur leurs visages. En voyant la scène, leur expression se transforma en un soulagement mêlé de surprise. Davin se précipita pour prendre son fils en charge, remerciant Leena d'un hochement de tête respectueux.

Leena se recula aussitôt, le contact rompu. Son devoir était accompli. Sans un mot, elle leur tourna le dos et rentra dans le manoir, rejoignant son propre royaume d'ombres, laissant derrière elle la famille réunie et le premier pont qu'elle avait construit sans même s'en rendre compte.