Le matin qui suivit la confrontation dans le speeder fut d'un calme presque irréel. Un silence lourd, épais, s'était installé dans le grand domaine, un silence que même le chant des oiseaux à l'extérieur ne semblait pouvoir percer. Au petit-déjeuner, Solaan était présente physiquement, mais son esprit était ailleurs. Son masque de dignité, hâtivement reconstruit, était fragile, parcouru de fines fissures que Leena pouvait presque voir. Elle ne mangeait pas, se contentant de remuer le contenu de sa tasse d'un geste mécanique. Leena, elle, restait sur le qui-vive, chaque bouchée lui semblant peser une tonne. La redingote était suspendue dans sa chambre, invisible et pourtant omniprésente dans la pièce. La nouvelle dynamique entre elles, faite de désespoir nu et de pitié contrainte, n'avait pas encore de mots.

C'est Solaan qui, par habitude, par besoin de normalité, alluma l'holonet posé sur la table. L'image holographique d'un présentateur au visage sévère jaillit, le sceau de l'Empire Galactique tournoyant derrière lui. Le son était martial, sans appel.

« …et nous interrompons ce programme pour une communication du Bureau de la Sécurité Impériale. Le célèbre entrepreneur d'Ord Mantell, Joric Phoenix, a été mis aux arrêts ce matin. Il est accusé de conspiration contre l'Ordre Nouveau et d'activités préjudiciables à la sécurité et à la stabilité de l'Empire. Conformément aux décrets sur la sécurité planétaire, tous les avoirs liés à Joric Phoenix et à sa famille ont été immédiatement gelés et sont en cours de saisie. La justice impériale est en marche. »

Le message fut bref, clinique, et d'une violence absolue. Il n'y avait pas de détails, pas d'explication. Juste des mots-clés terrifiants : conspiration, trahison, saisie. Leena sentit le sol se dérober sous ses pieds. Son père, un traître ? L'incompréhension était si totale qu'elle la laissa sans voix, le cœur battant à tout rompre. À côté d'elle, Solaan laissa échapper un son étranglé, sa tasse lui glissant des mains pour se briser sur le sol dans un bruit assourdissant.

Elles n'eurent pas le temps de réagir. Le son lourd de speeders blindés se fit entendre, suivi de coups puissants frappés à la porte d'entrée. Ce n'était pas une demande, c'était une effraction légale.

Les hommes qui entrèrent n'étaient pas des stormtroopers. Ils portaient les uniformes gris et impeccables des huissiers du BSI, leurs visages aussi vides d'émotion que ceux des droïdes qui les suivaient. Ils présentèrent un ordre de saisie sur un datapad, et sans un mot de plus, le démantèlement commença.

Ce fut une chorégraphie froide et efficace. Les droïdes soulevaient les objets d'art, les meubles précieux, les tapis épais, avec une précision indifférente. Solaan errait de pièce en pièce, un fantôme dans sa propre maison, touchant une dernière fois un vase, une sculpture, avant qu'on ne l'emporte. Leena, elle, restait pétrifiée dans l'entrée, assistant, impuissante, à la dissection de sa vie.

Lorsqu'un huissier et deux droïdes montèrent à l'étage et entrèrent dans sa chambre, un instinct de survie la fit bouger. Elle se plaça devant la chaise où reposait la redingote. L'agent la toisa, elle et le vêtement. Son regard était chargé de mépris. D'un haussement d'épaules, il jugea l'objet sans valeur et fit signe aux droïdes de prendre le mobilier de la chambre. La redingote et le datapad dans sa poche étaient sauvés par leur insignifiance.

La dernière bataille de Solaan se joua dans le salon de musique. Elle se posta devant le Grand Harmoniflore, suppliant, arguant qu'il s'agissait d'un héritage de la maison LaTor, antérieur à son mariage avec Phoenix. L'huissier en chef l'écouta avec une patience glaciale, puis, dans un geste de cruauté ultime, il fit un signe à ses hommes. « Laissez-lui. C'est trop encombrant. Et elle n'aura bientôt plus les moyens de le faire accorder. »

L'humiliation fut le coup de grâce.

Quand la porte se referma enfin, le silence qui tomba était différent de celui du matin. Il était vide, caverneux. Solaan et Leena se tenaient au milieu du salon principal, où ne trônait plus que l'énorme Harmoniflore, comme un mausolée au milieu du néant. Le regard de Leena se posa sur sa mère, une silhouette brisée. Elle avait gagné sa guerre personnelle la veille, mais aujourd'hui, elle avait tout perdu. Et le goût amer de la trahison de ce père qu'elle avait tant admiré commençait à peine à emplir sa bouche.