La scène se déroule le soir, dans le petit atelier que Davin s'est aménagé dans une des dépendances du manoir. L'odeur de la soudure froide et de l'huile emplit l'espace, un univers fonctionnel bien loin du silence feutré de la vie de Leena.

Elle reste en retrait, une ombre silencieuse parmi les outils et les pièces détachées. Elle observe les mains de Davin. Des mains d'ingénieur, calmes et habiles, qui démontent la coque usée du datapad avec un respect presque religieux pour l'objet. Chaque geste est précis, sans fioriture. Il ne parle pas, et elle lui est infiniment reconnaissante pour ce silence qui n'exige rien d'elle.

Elle s'attendait à devoir se justifier, à expliquer. C'est le réflexe que Solaan a gravé en elle. Mais Davin ne demande rien. Il voit un objet cassé et le répare. Il voit une jeune femme qui y tient et il le traite avec soin. La simplicité de cet acte est désarmante.

Pour la première fois peut-être, elle est témoin d'un acte de sollicitude qui n'exige rien en retour. Ce n'est pas un cadeau qui crée une dette, ni un conseil qui cache une critique. C'est juste un geste. Et Leena, en regardant ses doigts agiles remplacer la vitre fissurée par une plaque de duracier lisse et neuve, sent un de ses propres nœuds intérieurs se desserrer. Ce n'est pas encore de la confiance, pas tout à fait. C'est le sentiment, nouveau et fragile, que la confiance est possible. C'est la chaleur nécessaire à l'éclosion.

Une fois la réparation terminée, Davin nettoie soigneusement la surface de l'appareil avec un tissu antistatique. Il se tourne vers Leena, un sourire doux au coin des lèvres, et lui tend le datapad.

« Voilà, » dit-il d'une voix douce. « C'est un vieil appareil, mais ils étaient faits pour durer. On ne construit plus des choses comme ça. Il a dû voir du pays. »

Leena s'approche. Sa main, qui tremble à peine, se tend pour récupérer l'objet. La surface est lisse, ininterrompue. Solide. Elle lève les yeux vers Davin, et pour la première fois, elle soutient son regard pendant plus d'une seconde. Sa voix n'est qu'un souffle.

« Merci. »

Le mot est simple, presque trop petit pour contenir la gratitude et le bouleversement qu'elle ressent. Mais il est là. Le premier pont est franchi.